BANKSY

Une rencontre touchante...

On nous en parlait déjà au collège, en art plastique, Banksy. Une petite fille qui laisse s’envoler un ballon rouge en forme de cœur. C’est simple, doux, presque naïf. Pourtant, plus jeune, je n‘avais pas saisi l’engagement derrière ce dessin. J’y étais presque indifférente, comme cloitrer derrière ma carapace d’innocence, les combats des grandes personnes ne m’atteignaient pas. A cette époque, je n’avais même pas retenu le nom de cet artiste anonyme. Mais bizarrement, le jour où j’ai appris qu’une de ces expositions allait s’installer en avril à Grenoble, plus précisément à Échirolles, la curiosité m’a piqué. J’y suis allée. Une première fois, avec des amis et une seconde avec ma classe. Sans étonnement, je suis tombée amoureuse de son art. Désormais je n’oublierai plus jamais son nom.

Captivée au premier regard

L’exposition culturelle de Banksy prend place dans la salle des fêtes d’Echirolle à quelques minutes seulement de Grenoble. Un lieu froid, si je pu dire, sans artifices, seulement des palettes en bois faisant office de grille d’exposition. 

En entrant pour la première fois, j’ai eu une petite boule au ventre. Comme l’impression de revoir quelqu’un que je croyais connaître, mais que je n’avais jamais vraiment rencontré. Et dès les premières œuvres, j’ai senti quelque chose en moi : une sorte de fascination familière, un mélange de tendresse et de gêne, d’admiration et de distance. J’étais captivée, mais légèrement mal à l’aise. Son art me faisait presque peur. Cette manière authentique et simple d’aborder des sujets si lourds et violents m’a beaucoup déstabilisé.

Queen Vic – West Country Prince – 2003

Bomb Hugger – West Country Prince – 2003

Un échange puissant...

Cette exposition m’a mise face à une série de véritésque je n’étais pas sûre d’avoir envie d’entendre. J’ai pu y voir la guerre et ses victimes, l’innocence d’enfants armés, l’omniprésence du capitalisme. Banksy ne m’a pas caressée dans le sens du poil. Il m’a pincé pour me réveiller d’un rêve rempli d’illusion pour me faire rentrer dans la réalité dure et authentique du monde. Cet artiste nous offre sa vision sur des murs qu’il transperce d’un message toujours fort et clairvoyant. Le message est claire, je l’ai entendu. En échange, je lui ai donné toute mon attention.

 

 

Banksy ne cherche pas à plaire. C’est pour ça que j’aime son art. Il veut nous éveiller, nous faire réagir, il nous oblige à penser. Et moi, je suis restée là longtemps. J’ai regarder, lue, admirer, tout écouter, même quand ça me mettait mal à l’aise. J’ai souri, j’ai baissé les yeux, j’ai parfois même détourné le regard. Mais je suis restée. Parce que c’est ce qu’on fait quand on aime : on affronte, même quand c’est compliqué.

... mais perplexe

Je suis ressortie de cette exposition de Banksy à Échirolles avec le cœur un peu en vrac, la première fois. Ce que je venais de vivre était fort et inspirant. 


De nombreuses questions me sont venues à l’esprit : 


– Qu’est-ce qui pousse Banksy à dénoncer et à se battre contre les injustices avec tant d’ardeur ? En a-t-il lui-même été victime, ou seulement un spectateur révolté ? 


Étant donné son anonymat, rien ne nous permet d’avoir véritablement une réponse. 


– Aurait-il été d’accord avec le principe d’exposer son art entre quatre murs, dans un endroit clos ? Le principe même du street art n’est-il pas d’attirer l’attention des passants au moment où ils s’y attendent le moins ? De les choquer et les éveiller sans les prévenir ? 


Car même si cette exposition culturelle gratuite permet de rendre accessible au plus grand nombre le street art, les personnes viennent avec l’intention de découvrir quelque chose de bouleversant. Cette attente de la part du public peut ainsi laisser place à de la déception. Moi-même, j’aurais pu être déçue si j’avais idéalisé Banksy avant même de vraiment apprendre à le connaître à Échirolles. Bien heureusement, ce n’a pas été le cas. 


– Banksy dénonce, certes, mais sa manière même de le faire est-elle dénonçable et illégale ? Pourquoi le fait-il sur des murs, sous forme de graffitis anonymes et illégaux ? 


Cette question est celle qui me taraude le plus. Je n’y ai pas trouvé de réponse. Peut-être est-ce pour se protéger, mais en faisant quelque chose d’illégal, il se met en danger. Ou bien pour remettre en cause la notion même de légalité. Ce qu’il fait ne fait de mal à personne, pourtant c’est illégal. Lui, il critique des choses souvent acceptées par la loi, comme le capitalisme, la guerre, et qui font du mal au plus grand nombre.

Quel souvenir en garder ?

En vérité, je ne suis pas sûre d’avoir “aimé” cette exposition. Pas au sens classique, en tout cas. Je ne suis pas ressortie émerveillée, ni comblée. Mais j’ai été bousculée, dérangée, inspirée. Et c’est peut-être ça, aimer un artiste comme Banksy : accepter de ne pas être confortée, de ne pas toujours comprendre, de parfois douter.
Cette empreinte qu’il a laissée en moi la première fois m’a donné envie d’y retourner. Cette deuxième rencontre avec Banksy ne m’a pas ennuyée ; elle n’a fait qu’approfondir le lien que j’avais déjà tissé avec son art. Un lien fort et désormais indélébile.

 

 

Moral de l’histoire : Allez aux expositions culturelles autour de chez vous, même si l’artiste ne vous à jamais inspiré grand-chose. Ce serait bête de passer à côté d’un coup de foudre artistique.

Kids on Guns – 2015